Note sur Changement Climatique et Canal du Midi  Contribution dans le cadre de la COP21


Note sur Changement Climatique et Canal du Midi Contribution dans le cadre de la COP21

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Article N°14786

Note sur Changement Climatique et Canal du Midi Contribution dans le cadre de la COP21

Contribution de Serge Soula, Universitaire, Docteur en Physique de l'atmosphère et Physicien des Observatoires. Expert sur les « Systèmes Précipitants » et les phénomènes électriques dans les orages au Laboratoire d'Aérologie de l'Université Paul Sabatier.
 

Canal du Midi – Impact du changement climatique sur son alimentation et sur la qualité de son eau
 
Le canal du midi est la partie du « canal des Deux Mers » reliant la Garonne à la Méditerranée et il est l’oeuvre de Pierre-Paul Riquet qui supervisa la quasi-totalité des travaux de sa construction de 1666 à 1681. Inscrit maintenant au patrimoine mondial de l’UNESCO, il est un des plus anciens canaux encore en fonctionnement en Europe.
 
Il est alimenté en eau grâce au bassin versant du massif de la Montagne Noire qui est deux fois plus arrosé que la plaine du Lauragais avec 1 400 millimètres par an à une altitude de 500 à 600 m. Plusieurs ruisseaux ou rivières du massif (le Sor, l'Alzeau, le Laudot, le Rieutort, la Bernassonne et le Lampy) participent à son alimentation par l’intermédiaire de plusieurs réservoirs et de rigoles qui amènent l’eau vers le seuil de Naurouze, point culminant de partage des eaux vers la mer et vers l’océan. Le principal réservoir est la retenue de Saint Ferréol. En moyenne, 90 millions de m3 d'eau sont nécessaires annuellement pour assurer le fonctionnement du canal.
 
Le canal du Midi porte bien évidemment une valeur historique, technique et culturelle incontestable. Il constitue aussi un élément marquant et structurant pour l’environnement du milieu qu’il traverse. Enfin sur les plans économiques, touristiques et du développement de loisirs, il est un vecteur essentiel pour les régions concernées. Il représente actuellement 20% du tourisme fluvial en France. Il représente environ 2000 emplois directs et les retombées économiques sont de plus de 120 millions d’euros annuels.
 
Si une part de l’économie locale, un volet de l’environnement et une illustration de l’histoire et de l’évolution technologique sont étroitement liés au canal, son équilibre et sa sauvegarde dépendent aussi des contraintes extérieures, qu’elles soient environnementales, économiques, écologiques et culturelles. Le changement climatique est un des facteurs essentiels à prendre en compte dans la réflexion sur sa sauvegarde.
 
Le changement climatique s’identifie par plusieurs marqueurs dont la température moyenne de l’air à la surface de la Terre. L’augmentation de cette température ne fait plus de doute mais son amplitude depuis la fin du 19ème siècle se situe dans une plage d’incertitude de 0,65° à 1,06°, selon les références de température et les méthodes utilisées. Tous les travaux scientifiques montrent que la cause principale à ce réchauffement est liée aux activités humaines et notamment à l’émission de gaz à effet de serre. Partant de cette explication et de différents scénarios d’émission de ces gaz, les modèles de climat permettent de prévoir l’évolution des températures et ses conséquences, en terme de pluviométrie notamment. Dans ce contexte, de lourdes menaces pèsent sur la ressource en eau si les modifications du climat annoncées par les projections des modèles numériques, ajoutées aux diverses pressions anthropiques devaient se confirmer.
 

Impact sur l’alimentation en eau
 
Pour mesurer les effets du climat sur l’hydrosystème en général, deux approches complémentaires sont considérées: (i) une première approche dite statistique basée sur l’analyse de séries de mesures assez longues pour dégager les tendances passées et présentes qui affectent les principales variables du cycle de l’eau (précipitations, température et débit examinés sur différents pas de temps). Cette analyse permet de comprendre les origines des variations de ces caractéristiques par rapport à leur environnement. (ii) la modélisation qui propose une simulation de l’évolution future des principales variables relatives au cycle de l’eau. La modélisation climatique est réalisée à grande échelle par les Modèles de Circulation Générale (GCMs), ce qui crée une difficulté à décrire le climat à échelle spatio-temporelle fine et à prendre en compte les actions anthropiques locales.
 
Beaucoup d’études ont été menées en France sur la problématique climat/hydrologie de surface. À l’échelle nationale, il faudrait s’attendre à une augmentation des températures, une réduction des écoulements en été et en automne et des débits d’étiage, une réduction de la couverture neigeuse, spécialement à basse et moyenne altitude. Les évolutions sur les crues semblent en revanche incertaines. Explore2070 « Ressources superficielles » réalisée par BRLi – Météo France – Irstea pour le compte du ministère de l’écologie et du développement durable (MEDDTL), a montré en couplant modèle de climat et modèle hydrologique, qu’à l’horizon de quelques décennies (2046-2065), on observe notamment :
  1. une augmentation des températures de l’air (1,4° à 3° par rapport à la période 1961-1990) ;
  2. une baisse des précipitations l’été sur tout le territoire français (métropole) ;
  3. une baisse significative des débits moyens annuels des rivières sur tout le territoire (de 10% à 40% et plutôt 40% pour le Sud-Ouest) ;
  4. une baisse prononcée des débits d’étiage.
 
Etant donné l’importance des débits des rivières pour l’alimentation du canal, ces baisses importantes ne peuvent être sans conséquence. Une autre conséquence des changements climatiques sur les crues ponctuelles est elle plus incertaine, mais elle engendrerait un apport de sédiments qui participeraient à l’envasement du canal.
 
 
Impact sur la composition de l’eau
 
Climat et qualité de l’eau sont également liés mais cet aspect n’est étudié que depuis peu. Jusqu’à maintenant, des études ont permis de cerner l’impact du changement climatique sur la qualité de l’eau en ciblant des paramètres basiques comme la température de l’eau ou encore le pH, la salinité et la quantité d’oxygène dissous. Il y a également un impact sur l’apport, le devenir et la toxicité des micro-polluants chimiques qui est à mieux connaître. Il faut s’attendre à ce que le changement climatique ait un impact global négatif engendrant des situations à risques de plus en plus fréquentes en lien avec les événements climatiques extrêmes, comme les situations d’étiage ou les épisodes de fortes précipitations. L’augmentation de la température entraîne par exemple une augmentation des concentrations en micro-polluants. Une meilleure compréhension de l’impact du changement climatique sur la qualité de l’eau du canal au niveau régional sera liée à une meilleure connaissance des pressions de contamination, de leur source et du devenir de ces contaminations en termes d’apports et d’évolution, en lien avec les activités anthropiques associées, les modes de vie, les usages (qualitatifs et quantitatifs) et les occupations des sols.
Par ailleurs, la voûte arborée constituée par les platanes limite l’ensoleillement à la surface de l’eau et par conséquent le développement d’algues, l’élévation de la température et l’évaporation. Les chiffres donnent une diminution de 80% de l’évaporation. L’évaporation est accélérée par la température de l’eau et de l’air.
 
A une plus grande échelle et dans un domaine plus large, le Conseil Régional d’Aquitaine a commandé une étude sur l’impact du changement climatique dans sa région à l’horizon 2050. L’objectif de cette première étude d’une telle ampleur était de pouvoir adosser l’action publique à l’expertise scientifique. Elle a permis de réaliser l’ouvrage de référence « Les impacts du changement climatique en Aquitaine » pour affronter le réchauffement. De la même façon, une étude spécifique au canal du Midi pourrait être réalisée.


Propositions
  • Afin d’évaluer l’ensemble des conséquences du changement climatique sur le canal du Midi et les actions possibles pour les réduire, une étude spécifique est nécessaire et doit être définie en concertation avec des spécialistes du climat, de l’hydrologie et des différents acteurs liés au canal du Midi.
 
  • Cette étude devra être commandée par les collectivités locales concernées et les services de l’état impliqués dans la gestion du canal du Midi.
Afin de définir les contours d’une telle étude, une table ronde pourra être organisée dans le cadre de la COP21.
 
  • Il est recommandé un audit sur la qualité des eaux du Canal et des zones sensibles ainsi que sur la gestion du ruissellement pluvial vers le Canal résultant d'une combinaison de facteurs naturels et humains.
 
  • Etude d’un programme afin de réduire les conséquences de l’évaporation des eaux du Canal (à cause de l’absence de voutes ombragées)
 
 
 


p/o Serge SOULA

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